[RETROSPECTIVE] : Game of Thrones (2011-2019)

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Retour sur la mythique série Game of Thrones !

Game of Thrones également appelée Le Trône de fer (selon le titre français de l’œuvre romanesque dont elle est adaptée), est une série télé américaine de fantasy créée par David Benioff & D. B. Weiss, diffusée entre le  et le  sur HBO aux États-Unis et sur OCS en France. Il s’agit de l’adaptation de la série de romans écrits par George R. R. Martin depuis 1996, saga réputée pour son réalisme et par ses nombreuses inspirations tirées d’événements, lieux et personnages historiques réels, tels que la guerre des Deux-Roses, le mur d’Hadrien ou Henri VII Tudor.

 

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Nous sommes en 2011, 10 ans après la découverte du monde entier du Seigneur des Anneaux La Communauté de l’Anneau et de la trilogie de Peter Jackson. Et le monde, en particulier Hollywood, est encore à la recherche d’une œuvre de fantasy majeure capable de marquer les esprits.

Les orphelins de Tolkien connaissent pour certains d’entre eux l’univers de Georges RR Martin, mais finalement assez peu de spectateurs.

David Benioff, romancier qui a écrit la 25e heure et qui en a adapté le scénario mais qui a aussi écrit le scénario de Troie, ainsi que d’un de X-Men Origins Wolverine, s’associe alors avec D.B. Weiss, romancier lui aussi. Ils vont à la rencontre de Martin dans l’espoir qu’il leur cède les droits d’adaptation de ses romans Le Trône de fer. Après une discussion sur l’identité d’un personnage des romans qui permettra à Georges RR Martin de tester leur intérêt pour son univers, il décide finalement de leur céder les droits d’adaptation.

Nous sommes donc en 2011, et après un pilote de la série annulé puis tourné avec un casting remanié, la première saison de Game of Thrones débarque sur la chaîne américaine de télévision la plus prestigieuse en matière de fiction : HBO.

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Bien qu’un peu longue à démarrer pour certains, l’engouement va être très rapide et dès la troisième saison, la série va devenir un phénomène de société qui va dépasser les attentes des showrunners et du casting.

Casting composé entre autres de certains visages connus comme Sean Bean, l’inoubliable Boromir de la trilogie de Peter Jackson, ou encore Lena Headey que l’on a vu au côté de Léonidas dans 300 ou en tant que Sarah Connor dans la série du même nom.

Bon nombre de nouveaux acteurs et actrices vont débuter, parmi lesquels la toute jeune Emilia Clarke, 25 ans alors, et qui n’a joué que dans un téléfilm assez douteux en matière de qualité : Triassik Attack, tandis que Kit Harington, lui aussi inconnu, va être choisi pour jouer Jon Snow.

Ces deux personnages vont porter la série scénaristiquement sur leurs épaules du début à la fin, accompagné entre autres de nombreuses révélations comme Sophie Turner, Maisie Williams, ou encore Peter Dinklage (que l’on avait déjà vu en tant que nain dans un des films Narnia).

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Durant les quatre premières saisons, la série va être une masterclass qui ne va rien se refuser et va choquer les spectateurs tout en maintenant leur intérêt à travers des scènes d’une incroyable violence, d’une nudité choquante, mais surtout d’un propos politique extrêmement réaliste.

Certaines personnes de la classe politique vont même se revendiquer fans des personnages de la série déclarant vouloir les prendre pour modèle. Des gens iront jusqu’à nommer leurs enfants des surnoms des personnages dans la série.

Mais au-delà du propos politique et de son côté cru et réaliste, c’est une série qui de par sa multitude de décors, printaniers, enneigés, ou désertiques, sera très dépaysante.

En témoigne les nombreux monuments historiques (châteaux et autres) qui ont servi de décors à la série puis ensuite de visites touristiques pour les agences de voyages.

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Le gros point fort de la série étant les nombreuses intrigues parallèles, extrêmement bien menées en termes d’écriture, et des dialogues ciselés qui font mouche.

L’aspect surnaturel n’en est pas délaissé pour autant et c’est justement ce qui maintient le fil conducteur de la série. Fil conducteur qui s’ouvre dès les premières minutes de la série avec un plan final lors du tout dernier épisode qui sera en forme de clin d’œil à l’ouverture de celle-ci.

À partir de la cinquième saison les choses se gâtent un peu car Georges RR Martin est très en retard dans l’écriture. En effet il n’a écrit que les cinq premiers tomes et les scénaristes vont devoir à la fois broder des choses inédites, mais aussi s’entretenir avec lui pour avoir des indications pour les saisons suivantes.

Malgré les très nombreuses annonces de parution du tome 6 puis des annonces consécutives de retard de l’auteur, les scénaristes devront malgré tout livrer une saison par an et vont devoir inventer une intrigue inédite. Pour le meilleur ou pour le pire.

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Finalement, malgré l’insistance de l’auteur pour faire 12 saisons, les showrunners, épuisés par l’ampleur de la tâche – malgré des réalisateurs extrêmement solides derrière la caméra – finiront par jeter l’éponge et décideront qu’il n’y aura que 8 saisons ! Les deux dernières saisons n’étant en réalité qu’une saison coupée en deux.

L’attente chaque année fut extrêmement élevée, il était évident que la fin laisserait certains fans frustrés, insatisfaits, voir en colère. Certains choix scénaristiques n’ont pas été des plus judicieux, mais lorsqu’on connaît les coulisses de tournage des dernières saisons, l’ampleur et la fatigue que peuvent prendre ces tournages, on comprend que les créateurs de la série aient voulu en finir rapidement pour se reposer et s’atteler à d’autres projets.

Dans le monde des séries, il y a parfois des avants et des après, des séries qui bouleversent le petit écran et qui l’amène à être comparé au grand écran. Game of Thrones en fait clairement partie.

C’est la série qui a alimenté le plus de théories et le plus de débats autour de la machine à café, que ce soit dans les entreprises, ou à table lors d’un repas en famille. C’est également la série qui a permis aux réseaux sociaux et à YouTube de se développer en termes de critiques de séries, de vidéos théories, de lives de passionnés, et qui au final, malgré parfois des choix scénaristiques assez critiquables nous aura fait rêver pendant près de 10 ans, de 2011 à 2019.

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Moi-même qui vous écrit ces lignes, je suis un des très nombreux spectateurs à m’être lever aux aurores avant de partir au boulot pour regarder chaque épisode chaque semaine dans l’espoir de ne pas me faire spoiler l’intrigue, et parce que l’attente était insoutenable de semaine en semaine.

Finalement, au-delà de la frustration que la série se soit terminée rapidement, on retiendra surtout les points suivants :

  • une interprétation exceptionnelle, qui a révélé de grands comédiennes et comédiens
  • des effets spéciaux soignés, qui atteignaient souvent la qualité des plus grands blockbusters cinéma
  • des intrigues palpitantes
  • des dialogues savoureux
  • un propos politique extrêmement réaliste
  • de la violence et du sexe assez cru mais rarement gratuit
  • une bande originale de Ramin Djawadi qui s’est révélé comme un des plus grands compositeurs de la décennie, avec un talent hors norme et des thèmes inoubliables.

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À l’heure où va paraître cette chronique, nous sommes en pleine diffusion de la première saison du premier spin-off : House of the Dragon, qui remporte un succès monumental. Et d’autres spin-off sont d’ores et déjà prévus, certains se déroulant après la fin de Game of Thrones.

EN CONCLUSION ?

Le souhait de Georges RR Martin de créer un Game of Thrones Universe est en train de se réaliser, et nous avons encore de belles années devant nous en termes de médiéval fantastique de qualité !

Je vous retrouve très vite dans La Caverne du Ciné !

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© Julien Sanch

[RETROSPECTIVE] : Pascal Laugier

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L’instant portrait

Pascal Laugier cinéaste sans concession.

Difficile de ne pas vous parler de Pascal Laugier sans une once d’admiration. Il est, dans le paysage cinématographique français, un véritable ovni, un cinéaste cinéphile passionné.

A ce jour pourtant , il n’a à son actif que quatre films. Des films d’épouvante, d’horreur, et un univers ultra référencé pourtant si intime. Pascal Laugier ne triche pas. Il use des leçons apprises de ses maîtres pour façonner un monde macabre, tourmenté, sensible mais violent.

 

DU PACTE DES LOUPS A SAINT ANGE…

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Tout commence en 2004, lorsque Christophe Gans et Richard Grandpierre lui offrent sa chance après le très remarqué making of du « Pacte des loups » (2001). Pris de court mais homme de défi, Laugier accepte l’offre et improvise une histoire de jeunes filles orphelines. Le tout se passera dans un manoir lugubre et nous emmènera au cœur des ténèbres, entre fantômes et passages interdits. Il s’agira de « Saint Ange », titre énigmatique et aux reflets gothiques.  

Un film imparfait mais la relation passionnelle et organique avec son cinéma est déjà là. Laugier a des choses à raconter, des songes à poser sur pellicule et des spectateurs à secouer. Le premier acte est timide, parfois confus et le succès en salle décevant.

 

LE PHENOMENE MARTYRS

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Mais une fois ce galop d’essai digéré, Laugier va accoucher de son œuvre la plus radicale.

En 2008, après une gestation douloureuse, son second long-métrage « Martyrs » débarque dans les salles face à une censure sans pitié. Le film écope dans un premier temps d’une interdiction aux moins de 18 ans. Le CSA juge « Martyrs » insoutenable. L’affaire devient une affaire nationale et repose la problématique de la violence au cinéma, de la liberté d’expression et de la survie du cinéma de genre. Contre son gré, Pascal Laugier est érigé en étendard d’un cinéma complaisant dans la brutalité, misogyne et sensationnaliste.

On l’accuse de vouloir défier les américains sur le terrain du torture porn, alors représenté par la saga « Saw » ou « Hostel ».

Laugier est lessivé, meurtri par des critiques souvent redoutables pour ne pas dire ultra agressives. Le réalisateur est même affublé de quelques noms d’oiseaux, en réaction à une œuvre considérée comme immonde, gratuite et dégradante. Du simple divertissement, le travail de Laugier devient un débat politique, une guerre idéologique puissante. Après moult rebondissements, « Martyrs » aura finalement une interdiction au moins de 16 ans, ce qui lui permettra une exploitation en salles « normale ». Le film reçoit un accueil critique et publique honorable mais n’obtiendra le statut de film culte que plus tard. Laugier multiplie les interviews et s’affiche comme un artiste sans concession. Il défend sans relâche son travail et suscite même chez un certain public curiosité et sympathie.

 

UN PREMIER FILM AUX ACCENTS AMERICAINS

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Comme évoqué ci-dessus, « Martyrs » fonctionne très bien avec le temps et séduit Hollywood. A l’instar d’autres réalisateurs de genre français comme Xavier Gens, Maury et Bustillo, Laugier gagne son ticket pour les U.S.A. Il développe, à la demande des frères Weinstein (bien avant le scandale « me too ») un reboot d’« Hellraiser », le classique de Clive Barker.

Du pain béni pour Laugier, vénéré désormais par les fans de « body horror ». Le film est sur les rails mais les idées de Laugier ne correspondent pas aux lubies des producteurs. L’osmose n’aura pas lieu et Laugier verra son travail de développement tomber à l’eau. Mais sa volonté de réaliser ne s’arrête pas à cet échec.

Quatre ans après « Martyrs », « The Secret », production franco-canadienne, débarque au cinéma avec une star hollywoodienne au casting… Jessica Biel. Pour son après « Martyrs », Laugier concocte un film à l’ambiance Stephen King, un thriller fantastique bien loin de la radicalité de son œuvre précédente.

Une histoire de croque-mitaine qui enlève les enfants d’une petite bourgade américaine. Un film à twist qui prend son temps, mais qui déçoit, faute à une ambiance peu prenante et un côté un peu trop bavard.

Laugier réussit de justesse son examen d’entrée dans un cinéma aux accents plus « américains », mais ne marque pas les esprits comme en 2008. Bien au contraire, le cinéaste semble revenir à l’anonymat de ses débuts.

« Martyrs » lui continue son chemin et a le droit en 2015 à un médiocre remake U.S avec pour seul argument vendeur une tagline citant les producteurs de « Conjuring » aux commandes.

« Martyrs » plus fort que son créateur ? On peut légitimement se poser la question tant le film déchaine encore les passions cinq ans plus tard. Mais dire de Laugier qu’il est fini est mal le connaître.

 

UNE RENCONTRE DECISIVE ET UN RETOUR ATTENDU

Après avoir laissé mariner dans sa tête une histoire d’amour qui ne verra jamais le jour, le cinéaste se retrouve confronté à la dure réalité économique et doit livrer un nouveau film pour survivre. Il dit lui même que le marché est impitoyable et son métier éprouvant et angoissant.

Mais l’homme de défi est toujours au rendez-vous. Il fait l’expérience du clip vidéo en 2015 pour la mythique rouquine Mylène Farmer avec « City of Love« , un autre hommage à ses maîtres.

La relation entre les deux artistes se passe à merveille… Laugier n’est pas loin de prétendre au rôle de pygmalion pour la belle Mylène, place jusqu’alors occupée par le légendaire Laurent Boutonnat. Mais Laugier ne s’intéresse pas vraiment au business musical.

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En 2017, il marque son grand retour avec « Ghostland ». Le film est présenté comme le petit frère de « Martyrs » avec en guest star…une certaine Mylène Farmer… 

Plongée sans retour dans le cauchemar d’une famille en proie à deux psychopathes, « Ghostland » réunit un grand nombre de thématiques chères à Laugier et s’avère être un film une nouvelle fois brutal et clivant. La critique est divisée, la violence du film montrée du doigt et la soi disant misogynie de Laugier ressort des placards. Mais la maturité du bonhomme et son expérience passée lui permettent de franchir avec détermination ce nouveau cap. De plus, il est désormais soutenu sans relâche par Farmer, sans doute la chanteuse la plus adulée et respectée de sa génération.

Il en a bien besoin, empêtré par une sombre affaire survenue lors du tournage de « Ghostland » impliquant la jeune actrice Taylor Hickson.

Cette dernière a été défigurée suite à un accident survenu en plein tournage. En répétant une cascade du film plutôt périlleuse, l’actrice a vu sa tête traverser une vitre. Face à une plaie impressionnante, Taylor Hickson a du se faire poser plus de 70 points de suture et subir plusieurs opérations de reconstruction faciale. Les séquelles physiques seront difficiles à effacer et les blessures psychologiques encore plus. Laugier apporte son soutien indéfectible à l’actrice accusée par plusieurs médias de se servir de cet accident pour asseoir sa popularité.

Tout comme « Martyrs », « Ghostland » est source de controverses en tout genre, au grand dam de Laugier qui préférerait que l’on s’intéresse à son film plutôt qu’aux polémiques l’entourant.

Il s’affirme toujours comme un artiste exigeant beaucoup de lui-même et des autres, mais un artiste férocement incompris.

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Aux dernières nouvelles, le réalisateur a dirigé la mini-série « Ils étaient dix » diffusé en 2020 sur la plate-forme Salto puis en 2021 sur M6. Il s’agit d’une adaptation d’Agatha Christie avec en prime un casting francophone de renom dont Samuel Le Bihan, Guillaume de Tonquédec, Romane Bohringer ou encore la star montante Manon Azem. Laugier aurait rendu chèvre la production au vu d’un dépassement de budget conséquent mais aurait impressionné par son intégrité et sa détermination. La mini-série en elle-même a reçu un accueil critique mitigée. Selon certains dires, Laugier aurait perdu sa verve d’antan, coincé dans un projet télévisuel trop formaté.

J’avoue ne pas avoir regardé ce dernier né de Laugier donc il me serait compliqué d’en parler davantage.

 

MIAS EN FAIT, C’EST QUOI LE STYLE LAUGIER ?

Du cinéma d’épouvante dans la lignée des grands maîtres du genre (Dario Argento, David Cronenberg...)

Une fascination pour les portraits féminins. Des jeunes femmes blessées par la vie sont confrontées à des événements violents les poussant dans leurs limites.

L’image d’une famille brisée, absente ou gangrenée par le mensonge. Les parents bourreaux de « Martyrs » se cachent par exemple derrière l’image d’une famille sans histoires.

Des enfants orphelins, des sœurs de sang et de cœur aux liens fragiles et douloureux se retrouvent au cœur de récits riches en rebondissements et en symboliques.

Un réalisateur qui met son psychisme à nu. Laugier se sert de ses propres fêlures, de sa colère intérieure pour donner vie à des œuvres cathartiques et diablement viscérales.

Une approche directe, frontale de la violence qui dérange. Contrairement à son mentor Dario Argento, Laugier montre le sang et les viscères dans leur écrin le plus brut. Pas de coquetteries esthétiques malgré une approche très personnelle de cette violence.

Une vision contemporaine des monstres. Fantômes enfants ou adultes, martyrs mutilés, croque-mitaines à la Stephen King, femmes-poupées aux visages fissurés… Tout ce petit monde s’anime dans un univers entre réalité et cauchemars surgissant sans sommation.

 

ALORS CONCLUSION ?

Laugier ne cherche pas le compromis. Il propose un cinéma de genre intelligent mais difficile. Un cinéma qui ne laisse pas indemne et ça fait du bien.

Pascal Laugier est le genre de potes cinéphiles que j’aurais adoré rencontrer. Imaginez à la table d’un bistrot parisien un gars avec une vrai bonhomie, le regard rieur et l’accent du sud et vous avez Pascal Laugier. Il ne mâche pas ses mots, parfois confus, et est capable d’énormes monologues en interview. Il s’agit d’un type bavard passionné, intransigeant, mais qui se questionne avec fougue. Bon allez j’avoue, je l’adore !

Alors n’attendez plus pour découvrir son cinéma.

C’est aussi pour cela que La Caverne du Ciné existe !

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© Victor Leblanc